durée : 00:48:53 - ça peut pas faire de mal - par : Guillaume Gallienne -
Virginia Woolf
© Radio France - 2012
« Jeudi 18 août 1921Rien à noter, sinon une insupportable
crise d’énervement, qui passera peut-être si j’écris. Me voilà enchaînée à mon
rocher, contrainte à l’inaction, condamnée à laisser chaque souci, chaque
rancœur, irritation et obsession fondre sur moi toutes griffes dehors, et
revenir à la charge. Autrement dit, je ne peux pas me promener et ne dois pas
travailler, à cause de ces maudites migraines. Quelque livre que je lise, il
bouillonne dans ma tête. Personne n’est aussi malheureux que moi, ni à ce point
conscient d’avoir en réserve une infinie capacité de plaisir n’attendant qu’à
être employée. Voilà.
J’ai presque fait disparaître mon irritation. J’entends le va-et-vient de la
tondeuse que ce pauvre Leonard promène sur la pelouse, car une épouse comme moi
devrait avoir un écriteau sur sa cage : « Elle mord ! ». Et
lui qui a passé toute sa journée d’hier à courir Londres pour moi ! Nous
avons eu une longue dispute. Je me vis alors moi-même, et mon prestige, mes
dons, mon charme, ma beauté, etc, enfin tous ces soutiens qui me permettent de
surnager depuis tant d’années, s’amenuiser, disparaître. Et c’est vrai que je
suis une femme d’âge mûr, mal fagotée, tatillonne, laide, incompétente, vrai
que je suis vaniteuse, bavarde et futile.»
C’est par cet
autoportrait insolite, extrait de son Journal, que nous ouvrons cette seconde
émission consacrée à Virginia Woolf, à l’occasion de la parution de ses œuvres
en Pléiade, dans une nouvelle traduction dirigée par Jacques Aubert.
Après avoir
parcouru ses plus célèbres romans la semaine dernière, découvrons ce soir son
talent pour d’autres genres littéraires : les nouvelles, avec lesquelles
elle a débuté en tant qu’écrivain ; mais également ses écrits plus
intimes, en particulier son journal qu’elle a tenu pendant toute sa carrière de
romancière… Avec des extraits des Oeuvres romanesques, édition La Pléiade, Gallimard (2012) dans la nouvelle traduction dirigée par Jacques Aubert : 1. Mrs Dalloway dans bond Street
2. Lappin et Lapinova3. Flush : chapitre I4. Journal intégral, 1915-1941, éditions Stock, 2008, traduction de Colette-marie Huet et Marie-ange Dutartre5. Station balnéaire, flux et reflux : publié dans le recueil La Fascination de l'étang, éditions du Seuil, 1990, traduction de Josée Kamoun6. Lettre à Gérald Brenan: extrait de Lettres, éditions du Seuil 1993, traduction de Claude Demanuelli Avec les voix de l'écrivain Michael Cunningham, de Quentin Bell, neveu de Virginia Woolf, et de Virginia Woolf Programmation musicale :Scarlett Johansson : "Town with no cheer"L : "Les corbeaux"Rediffusion exceptionnelle : Demain dimanche 15 avril, de 18h10 à 19h, nous vous invitons à (re)découvrir notre émission sur Victor Hugo, ses engagements artistiques et politiques du 9 avril 2011... A une semaine du premier tour des élections présidentielles, un petit détour par le XIXe siècle, "ça peut pas faire de mal"... - réalisé par : Xavier PESTUGGIA